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"David Lynch sait si bien raconter des histoires que parfois on a l'impression qu'il en raconte une, alors que ce n'est pas le cas" Roman Polanski

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21 mai 2012 1 21 /05 /mai /2012 12:22

4,5/5 - AMERICAN GRINDHOUSE

(Une rétrospective du cinéma d'exploitation)

American-Grindhouse.jpgAmerican Grindhouse est un film documentaire, signé Elijah Drenner, se plongeant sur l'histoire du cinéma d'exploitation. Les cinémas grindhouse, c'étaient ces salles américaines qui diffusaient des films d'exploitation, soit des réalisations ayant comme principal objectif de faire de l'argent, ceci avec des sujets chocs tournés à moindre budget. On pouvait y visionner deux, voire trois films par soir. Pour faire de l'argent, les réalisateurs se sont sans cesse renouvelés, en exploitant un à un les sujets les plus porteurs : la violence, le sexe, les drogues, etc.

On apprend beaucoup dans ce documentaire, car le cinéma d'exploitation est finalement un reflet de la société. Cette catégorie de films a pris naissance dès que le cinéma a lui-même été créé et ne disparaîtra jamais. Ces films ont beaucoup de succès parce qu'ils donnent au public exactement ce qu'il cherche.

En 1959, par exemple, The immortal Mr. Teas, de Russ Meyer, est le premier film d'un nouveau genre, les nudies-cuties. Comme son nom le sous-entend, les nudies-cuties mettent en scène des femmes nues, de manière totalement gratuite, sans prétexte. Plus tard, les films se brutalisent en alliant violence et nudité. Des scènes de sexe ne pouvant être explicitement montrées, la violence est alors utilisée comme substitut.

Dans les années 60, la nudité pointe le bout de son nez avec les Beach party Movies. Pas besoin d'en dire plus, on y voit des groupes de jeunes, les filles en bikinis, qui dansent sur la plage sur une musique rock'n'roll.

Grindhouse---Scum-Of-The-Earth.jpgDans la foulée apparaît la sexploitation avec les films de roughie. Ceux-ci allient torture et sexe, mettant en scène des sévices infligés à des femmes dénudées. Le premier roughie est sans doute Scum of the Earth (1963), réalisé par Herschell Gordon Lewis. La même année, celui-ci réalise également ce qui peut être considéré comme le premier film gore, avec Blood Feast (le gore était déjà bien connu au théâtre avec le Grand Guignol, à Paris). Trois ans plus tôt, le Psycho d'Alfred Hitchcock avait déjà marqué un tournant dans la violence au cinéma. Mais c'est le film d' Herschell Gordon Lewis qui introduit le gore. Cependant, la différence entre une production hollywoodienne d'Hitchcock et un film d'exploitation est finalement assez mince. L'une des principales différences est le budget, ce qui sous-entend la publicité qui est faite pour la promotion du film. La grande différence entre Blood Feast et Psycho n'est pas la violence, mais le gore. Le premier montre ce que l'autre sous-entend.

En 1965, les drug movie font leur entrée en scène, ciblant les jeunes en recherche de libertés. Le même public est visé par les bike movie. Easy Rider (1969) est le représentant le plus célèbre d'un mélange des deux genres. Certaines scènes seront d'ailleurs tournées avec une grande partie du staff complètement stone, devant et derrière la caméra. A cette époque, on est en plein dans la contre-culture, une réaction de la jeunesse face à la domination culturelle de la bourgeoisie bien-pensante et puritaine.

Grindhouse---The-Big-Bird-Cage.jpgEn 1967, Love Camp 7 marque le début d'un nouveau genre, celui des films de femmes en prison, les "women in prison", même si en réalité, le genre a déjà été lancé quelques années plus tôt avec Caged (1950), ou encore Ladies they talk about (1933). Généralement peu habillées, les prisonnières sont filmées en train de prendre leur douche à plusieurs, de se battre dans la boue ou de tirer à la mitraillette. The Big Bird Cage (1972), est un autre exemple typique réunissant tous les ingrédients du women in prison.

S'en suivront, par extension, les films de gardiennes de camps nazis persécutant et torturant des prisonnières : la nazi exploitation (ou nazisploitation). L'un des films emblématique du genre est sans conteste Ilsa, la louve des SS (1975), de Don Edmonds. C'est en 1971, que la nazisploitation prend vie, avec The Tormentors, où l'on voit s'affronter des nazis et Jésus. Les nazis symbolisent si bien le Mal que, dans les films, ils représentent le meilleur prétexte pour montrer toutes sortes d'atrocités. On peut tout leur mettre sur le dos, sans que cela ne choque personne.

En 1972, Wes Craven signe un classique de Rape & Revenge avec The last House on the left. Pour l'effet de pub, le film met en grade le spectateur en ces termes : "to avoid fainting, keep repeating, it's only a movie… it's only a movie… it's only a movie" (pour éviter l'évanouissement, ne cessez de répéter, ce n'est qu'un film ... ce n'est qu'un film... ce n'est qu'un film). Cette technique avait en fait déjà été utilisée 7 ans plus tôt, dans Color Me Blood Red, d'Herschell Gordon Lewis.

Grindhouse---Black-Ceasar.jpgAu début des années 70, le cinéma d'exploitation s'attaque à un autre créneau, s'adressant à un nouveau public, les afro-américains: c'est la blaxploitation. Par exemple, Sweet Sweetback's Baadasssss Song (1971), une réalisation signée Melvin Van Peebles, ou Black Ceasar (1973), de Larry Cohen. La blaxploitation exploite le mouvement pour les droits civils des afo-américains.

1972 marque le début de la pornographie, avec Deep Throat, de Gerard Damiano. Ce film devient très vite un véritable phénomène. Tout le monde veut le voir, quelque soit sa classe sociale.

Après le succès de Jaws (1975, de Steven Spielberg), le cinéma d'exploitation s'attaque également aux films d'horreur mettant en scène l'homme contre l'animal, avec par exemple Piranhas (1978, de Joe Dante), Alligator (1980), Cujo (1983) et Cat's Eye (1985), tous trois de Lewis teague.

 

Pour résumer, le cinéma d'exploitation n'a pas pour but de faire passer un message mais d'exploiter les sujets porteurs pour faire de l'argent. Comme nous dit John Landis, "dans le business, un film qui fait de l'argent est un bon film". En outre, c'est un monde de liberté dans Grindhouse---The-Thing-with-Two-Heads.jpgles sujets et dans la manière de faire les films. Le scénariste James Gordon White disait que tout ce qu'il désirait avec ses films était divertir et s'amuser, comme lorsqu'il écrit The Incredible 2-Headed Transplant (1971, de Anthony M. Lanza) et The Thing with Two Heads (1972, de Lee Frost).

Petit à petit, à la fin des années 80, les salles grindhouse ont marqué le pas, lorsque les films d'exploitation sont diffusés directement en vidéo, sans passer par la case cinéma. Cela permet de faire des films à des coûts encore moindres. Cependant, le cinéma d'exploitation ne meurt pas et ne mourra jamais, tant que le cinéma existera. Dernièrement des films d'exploitation, rendant hommage aux salles grindhouse, ont vu le jour notamment sous la houlette de Quentin Tarantino et Robert Rodriguez, avec Grindhouse (2007). Puis, avec des films comme Hell Ride (2008, de Larry Bishop) ou encore Machete (2010, de Robert Rodriguez et Ethan Maniquis) et Hobo with a Shotgun (2011, de Jason Eisener), deux films adaptés de fausses bande-annonce du double métrage Grindhouse de Tarantino et Rodriguez.

 

American Grindhouse est enrichi par les commentaires de différentes personnalités qui ont marqué le cinéma d'exploitation (réalisateurs, scénaristes, acteurs,…), par des écrivains ou des historiens. Parmi ceux-ci :

  • Les réalisateurs John Landis (Schlock, dans lequel il interprète lui-même Schlock, Les Blues Brothers, Le Loup-garou de Londres), Joe Dante (Piranhas, Gremlins, L'Aventure intérieure), William Lustig (Maniac, Maniac Cop 1, 2 et 3) ou encore Herschell Gordon Lewis.
  • L'historien du cinéma Eric Schaefer, auteur du livre "exploitation filmmaking".
  • Kim Morgan, écrivaine d'essais et d'articles sur le cinéma.
  • Eddie Muller, écrivain connu pour ses livre sur le cinéma comme "Grindhouse: The Forbidden World of "Adults Only" Cinema".

Realisateur-Grindhouse.jpg

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 21:08

5/5 - Une trilogie "skinhead" de Daniel Schweizer

Daniel-Schweizer.jpgLe réalisateur suisse Daniel Schweizer est l'auteur de trois documentaires abordant les skinheads et leurs mouvements : Skin or Die (1998), Skinhead attitude (2003) et White Terror (2005). Dans ce documentaire en trois étape, Daniel Schweizer explore les méandres du mouvement skinhead, ou plutôt des mouvements, en s'appuyant sur des témoignages qu'il recueille en s'immisçant dans la vie de ces groupes underground.

On ne parle en effet pas de un mais de plusieurs mouvements. Derrière le mot "skinhead", la quasi-totalité de la population pense néonazis. Pourtant ceux-ci ne représente qu'une branche sombre du mouvement.

En effet, Skinhead Attitude (2003) explique au grand public l'origine trop peu connue du mouvement skinhead. On apprend que ce mouvement est né à la fin des années 60, en Angleterre, au sein des classes ouvrières. Les skinheads sont nés de la rencontre des rude boys, ouvriers jamaïcains travaillant en Angleterre, et des hard mods, de jeunes ouvriers anglais aux cheveux courts ou rasés. Leur look vient tout simplement de leurs habits de travail : DocMarten's, jean et bretelles.

Ils sont amateurs de ram jam, de soul et de ska, et son rythme syncopé. A ce stade, le mouvement est apolitique. Ce n'est que plus tard qu'une partie du mouvement vire progressivement à droite, toujours plus à droite, et prend position. C'est le groupe Screwdriver, et son chanteur Ian Stuart, qui insère progressivement dans ses chansons des messages nationalistes, puis racistes et néonazis. Un nouveau mouvement est créé. Celui des skinheads néonazis, appelés boneheads. Ils sont à l'origine du mouvement White Power, aujourd'hui mondialement représenté (enfin, surtout dans les pays occidentaux), qui prône la suprématie de la race blanche.

 

C'est d'ailleurs par le versant néonazi que Daniel Schweizer s'est tout d'abords attaqué au sujet. En 1995, Skin or die explore le néonazisme au travers d'interviews de jeunes néonazis de Suisse, et du reste de l'Europe (Pologne, Danemark). On se rend alors compte que ces gens sont avant tout des jeunes gens en manques de repères, des ignorants en marge de la société, et d'une frange pas toujours subtile de celle-ci. Le réalisateur s'immisce alors dans les rangs des membres des mouvements Hammerskin, Blood and Honnor et sa section armée Combat 18 (C18).

 

En 2005, pour White Terror, le dernier volet de sa trilogie, Daniel Schweizer renoue avec l'extrême droite radicale et sans compromis. Il parcourt les rangs des Blood and Honnor qui s'organise pour la guerre racial, de la Russie jusqu'aux Etats-Unis, en passant pas les pays de l'est, les pays nordiques et le reste de l'Europe. Avec internet, le mouvement s'organise et les sous-groupes nationaux communiquent. Aux Etats-Unis, des pactes d'alliances réunissent les skinheads, les milices nationalistes, les puritains d'extrême droite, le Ku Klux Klan, etc. Un regroupement idéologique s'opère naturellement dans le but de sauver la race blanche.

 

Dans ses reportages, Daniel Schweizer a réussi l'exploit de se faire accepter par des groupes parfois hostiles, dont il ne partageait pas du tout l'idéologie. Il réussit alors un autre exploit : celui de rester toujours objectif, alors qu'il devait être constamment révolté par ce qu'il entendait et voyait. Mais rien ne transparait dans ses reportages. Le principe même du journalisme je vous l'accorde. Cependant, tous n'arrivent pas toujours à respecter ces règles. Quoi qu'il en soit, Daniel Schweizer parvient à tenir son rôle de journaliste tout au long de ses trois documentaires d'un grand intérêt.

White Terror (2005)

skin-or-die.jpg

Skin or Die (1995)

skinhead-attitude.jpg

Skinhead Attitude (2003)

white-terror.jpg

White Terror (2005)

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 14:52

4/5 - INSIDE DEEP THROAT (Analyse d'une révolution culturelle)

inside-deep-throat.jpgUn documentaire sorti en 2004 sur le film le plus rentable de l'histoire du cinéma, avec une narration de Dennis Hopper.

Deep Throat (1972) fut avant tout un film émancipateur. Pour la première fois, des femmes de la classe moyenne rentraient dans un cinéma porno. Un scénario comique n'est pas la seule raison de son succès commercial. C'est aussi l'opposition féroce du gouvernement et des milieux conservateurs qui participèrent à ce succès. Pour un coût inférieur à 25'000 $, Deep Throat en a rapporté plus de 600 millions. Le réalisateur lui-même, Gerard Damiano, dira que ce n'est pas un bon film, mais que son succès est dû à la controverse qu'il a créée. Les acteurs pornos faisaient des films essentiellement par esprit de rébellion, dans cette société puritaine.

Gerard Damiano comprend que la révolution sexuelle approche lorsque les femmes, qu'il coiffe dans le salon où il travaille, lui racontent leurs malheurs conjugaux. A cette époque, le sexe est totalement tabou.

A cette époque, les scènes de sexes explicites n'étaient autorisées que pour des films à caractère éducatif. Le monde de la pornographie était en plus dominé par la pègre, ce qui en faisait une activité à la limite de la criminalité. C'est d'ailleurs le financement par la mafia qui permit à Damiano de tourner Deep Throat. Après sa sortie, Damiano préférera vendre ses parts à la mafia par peur de l'exécution de menaces. Celle-ci prend alors le contrôle de la distribution et des recettes.

Il a l'idée du scénario quand il voit ce dont est capable Linda Lovelace sur le tournage d'une scène de fellation. Impressionné, il décide d'en faire un long métrage. Cet acte en lui-même était spécial car il était considéré comme contre-nature. De plus, l'orgasme était considéré comme presque exclusivement réservé aux hommes. Damiano voulait un orgasme féminin dans son film, qui est plus difficile à montrer, pour que l'on y croie vraiment. Le concept de Damiano porte sur un fantasme purement masculin qui veut que la femme prenne autant de plaisir que l'homme lors d'une fellation.

En 1968, le gouvernement de Nixon lance une étude scientifique visant à déterminer si la pornographie est néfaste pour les adultes. Les conclusions montrent que ce n'est pas le cas et que les lois contre la pornographie sont inutiles. Nixon convainc alors le Sénat de rejeter ces conclusions. Cet épisode nous montre l'écart entre les puritains d'un côté et la montée de la pornographie de l'autre. Deep Throat devient le centre de la lutte contre la pornographie à Time Square, où a eu lieu la première, en juin 1972. Un article du New York Times fait encore grimper l'affluence. Le film est projeté 20h/24h et les salles sont remplies. Pourtant, un juge décide qu'il est trop décadent, et le fait retirer des salles de New York. Ce coup d'éclat va alors susciter l'intérêt de tout le pays. Deep Throat est alors interdit successivement dans 23 états.

Après 3 ans d'enquête, le gouvernement engage un procès pour faire disparaître à jamais les films pornos. 117 personnes sont accusées de conspiration ! Mais le bouc émissaire choisi fut l'acteur Harry Reems (qui à la base n'était qu'un technicien, et qui au final ne fut payé que 250 $). L'interview du procureur puritain Larry Parrish, qui dit avoir été contaminé par le film, est tout simplement incroyable. Harry Reems fut déclaré coupable, considéré comme un véritable démon, risquant jusqu'à 5 ans de prison.

Pendant ce temps, Nixon démissionnait, sous le coup de l'affaire du Watergate, tombé à cause de l'informateur surnommé… Deep Throat.

Le démocrate Jimmy Carter est alors élu. Peu après, la condamnation de Reems est annulée. Cependant, tout n'est pas rose pour lui, puisque sa tentative de faire évoluer sa carrière s'écroule lorsqu'on lui refuse, au dernier moment, un rôle dans Grease, considérant qu'il n'a pas sa place dans un film classique. Il sombre alors dans l'alcool et la drogue, perdant absolument tout, se retrouvant dans la rue.

Dans les années 80, Reagan commande une nouvelle étude, la Commission Reese pour déterminer si la pornographie est néfaste, cette fois basée sur des témoignages, poursuivant les efforts de Nixon.

De son côté, Linda Lovelace est entraînée dans les mouvements féministes contre la pornographie, qui accusent ce milieu de considérer la femme comme un objet. Elle affirmera avoir été prise en otage par son compagnon et avoir été forcée à faire du porno. Elle essayera ensuite de refaire sa vie, mais perd successivement chacun de ses boulots, dès qu'on apprend qui elle est. Elle retournera vers le milieu de la pornographie, qu'elle avait dénoncé, à 51 ans. Elle meurt dans un accident de voiture en 2002.

Pendant ce temps, la pornographie a suivi une pente descendante. La production de films se démultiplie, mais la qualité s'croule. On passe du porno artistique à du porno uniquement financier et perverti.

Au final aucun des acteurs du film, Damiano y compris, n'aura profité ni de la renommée, ni des retombées financières du film.

 

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 13:59

5/5 - MICHAEL MOORE - POLEMIQUE SYSTEME (L'arroseur arrosé)

MM---PS.jpgUn documentaire sur un documentariste. Coquasse, mais en tout cas pas inintéressant. Surtout lorsque le sujet du documentaire s'appelle Michael Moore. Porter un regard critique sur cet homme dont l'objectivité fait souvent défaut. Car à l'évidence, Michael Moore choisit les images qui vont illustrer le message (politique) qu'il veut faire passer. Au contraire d'un journaliste qui récolte des informations, nous expose le sujet et termine par une conclusion, Michael Moore connaît la conclusion avant de commencer son reportage. Reportage qui finalement se rapproche plus d'un film de propagande que d'un documentaire journalistique.

Cependant, et c'est ce qui fait la force de ses films, MM nous livre des images chocs mais tout à fait réelles. Enfin pas seulement, et c'est ce qui est dommage. On apprend que MM a parfois menti, ou inséré des parties de fictions, en faisant croire au public qu'il s'agissait de faits réels. Une pratique qui va à l'encontre de la règle fondamentale du documentaire de présenter uniquement des faits avérés. Quant aux images authentiques, certaines sont tout simplement sorties de leur contexte, associées à des commentaires sans rapport.

De plus, MM ne montre toujours qu'un angle du sujet traité, avec un parti pris marqué. Pour appuyer ses arguments, il modifie parfois la chronologie des événements, ou fait abstraction de certains éléments qui ont pourtant toute leur importance. On peut dire qu'il ment par omission.

Pour son premier film, Roger & Me, MM fut invité par des syndicats et des membres de la classe ouvrière, pour manifester et lutter face au géant General Motors, qui désirait des baisses d'impôts. Pourtant, ceux-ci n'apparaîtront pas dans le film et MM dira même ne pas connaître ces gens. Tous les mouvements des travaillistes furent omis par Michael, dans son film, pour se concentrer uniquement sur sa quête de rencontrer Roger Smith, PDG de GM. Ceux qui lui faisaient entièrement confiance se sentirent totalement trahis.

C'est son opposition à la droite républicaine, George W. Bush en tête, qui fait ce qu'il est et qui lui permet de produire des films qui ont du succès dans le monde entier. On le soupçonne d'ailleurs d'avoir soutenu Ralph Nader, qui tentait d'introduire un 3ème parti national (parti vert), aux élections de 2000, pour des raisons toutes personnelles. Car si le démocrate Al Gore avait gagné les élections, c'est son fond de commerce qui lui aurait échappé. Et si les voix que récolta Ralph Nader (moins de 2%) avaient été obtenues par Al Gore, celui-ci serait devenu président… Pour la campagne suivante, MM se retournera complètement contre Nader pour soutenir le démocrate John Kerry, ridiculisant son camp à chacune de ses sorties.

Dans Bowling for Colombine, il s'introduit avec une fausse gentillesse chez l'ex-président de la National Rifle Association (NRA), pour ensuite l'attaquer. Même si la NRA et ses discours sont difficilement défendables, c'est encore la manière utilisée par MM qui est en cause. Il harcèle l'ex acteur qui n'a plus toute sa tête, et l'attaque à propos d'un meeting de la NRA, où il était présent 3 semaines après le meurtre d'une petite fille. Seulement, ce n'était pas une réunion de la NRA, mais un rassemblement du parti républicain. MM nous montre alors des images tournées lors de ce rassemblement, qui colle parfaitement avec le commentaire.

Un homme a permis au public de voir un peu plus clair dans le jeu de Michael Moore, Michael Wilson. Dans son film, Michael Moore Hates America, Wilson cherche à rencontrer un multimillionnaire, en l'occurrence, Michael Moore. On y apprend qu'au début de Bowling for Colombine, la scène où MM va ouvrir un compte en banque, et reçoit ainsi une arme, est totalement truquée. MM a insisté pour que l'arme lui soit donnée à la banque, pratique inhabituelle, et a fait rejouer la scène pendant une heure trente ! On sort petit à petit du cadre du documentaire.

Le scoop ultime, que nous dévoile MM - Polémique Système, est que MM a en fait pu parler deux fois à Roger Smith, avant la réalisation de Roger & Me, et qu'il avait en sa possession la retranscription d'une interview de 15 minutes, qu'il avait obtenu avec son ancien ami James Musselman.

 

Mais au-delà de ses méthodes de narration, parfois à la limite de l'honnêteté, Michael Moore dénonce comme personne des sujets sensibles comme la guerre en Irak, la violence au Etats-Unis, la politique du gouvernement, les injustices dont sont victimes les citoyens sans influence, etc. Il donne des coups de pieds dans toutes les fourmilières, et ce n'est pas pour nous déplaire. On peut ne pas être d'accords avec ses méthodes, c'est bien légitime, mais on peut tout de même s'accorder avec ses idées politiques. Dans un pays comme les Etats-Unis, pays du divertissement, la manière de montrer les choses de MM est peut-être la meilleure pour faire passer un message. Même si son réel objectif est avant tout de forger sa propre image.

C'est aussi un homme engagé, qui se bat pour ses idées (de gauche). A chaque élection, il s'investit beaucoup, en soutenant un candidat, ou en faisant des tournées dans les écoles, pour inciter les jeunes à aller voter.

Chacun son opinion sur Michael Moore et ses films. Cependant, il est indispensable de les visionner avec du recule, et de ne pas oublier que l'on regarde un divertissement, à ne pas confondre avec un documentaire.

 

Filmographie et récompenses majeures remportées :

Bowling for Colombine (2002) : Oscar du meilleur documentaire, César du meilleur film étranger

Fahrenheit 9/11 (2003) : Palme d'Or à Cannes

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